Aux Champs

En guise de préface

Il y avait deux personnages.

Un bon berger sage, on n’est pas plus sage

Et une jeune bergère.

Une brave bergère, ma foi.

S’il faut continuer,

Nous dirons que la bergère, c’est bien normal

Que la bergère aima le berger

Et qu’elle l’aima d’un amour tenace

Avec constance et persévérance.

Mais la constance du berger l’alarma.

Sa constance envers sa femme !

Car le berger était marié.

Voilà toute l’histoire, hélas !

La bergère fit des prodiges d’audace

Vint trouver le berger

Lui exposa fébrilement le but de sa démarche

Enfin déclara sa flamme

Parla, parla

Et ce sans jupe trop fendue, sans genou nu

Sans sein décolleté sans corsage échancré

Sans fard pâle et effet de cils, juste parla.

Alors pourquoi ? Fut-ce cependant trop facile ?

Toujours est-il que cela se passa assez mal.

Le berger, qui resserrait sans cesse sa cravate

Manqua en mourir étouffé.

Puis fin des stances de la bergère.

Alors un silence.

Voilà toute l’histoire, hélas !

Mais encore la bergère :

– Monsieur le Berger, vous êtes admirable !

Quel est votre signe du zodiaque ?

Silence, et de persévérer :

– Que devez-vous penser de moi ?

Je ne suis pas celle que vous croyez !

Là, un long silence.

« Oh, Monsieur le Berger, soyez bon ! »

Dernier silence.

Réponse du berger à sa bergère : « Non.»