valse de la va-sans-dire

 

 

 

 

Mon doux poison

croupier de mon cœur, rançon de mes regards

eusses-tu été l’algue bleue de mes rivages

et je t’aurais parlé

 

huissier, mon lac

pour toi j’ai prostitué mon intelligence

j’ai pour m’apprendre méprisé mes amies

bien malgré moi

 

Cher, cher démon fou, cher nihiliste

 

Et dire, et dire que l’on dit

que le monde l’amour est meilleur ailleurs

Quant aux certitudes que tu m’as prises

ne me les rends pas

 

Comprends-moi je ne pouvais pas te mentir

sans rien dire, n’oublie pas cela

Mais redis-le leur, si jamais demain je meurs,

ce que tu m’as fait devenir

Sensation

 

 

J’ai passé des heures et des heures assise

la tête dans mes mains

à renifler celle que tu avais serrée

j’ai humé toute ta vie au creux de ma main

 

Je suis restée à respirer mes paumes

à sentir dans ton parfum

 

au nom de ces sanglots impossibles à dire

des miracles enfouis que l’on ne ressent pas

j’ai regardé mes mains

 

et quand j’ai cru mourir d’être inspirée

j’ai refermé mon poing par-dessus ton visage

 

 

 

 

 

La passion

 

un chien petit

un chien fou ridicule

avec pour seul aboi les vasques des galènes

échevelé dans l’île

une course à pied nue

peut-être un jour, au milieu des torrents lascifs

une promesse insaisissable

un coup de lèche

une urne rabat-joie

une interrogation se défenestre

 

Dis, quand voudras-tu d’elle

sale et jolie comme une gitane ?

 

Oh, je te vois, toi !

tu as un verre de Mumm dans la main gauche

de la droite tu baises des mais gantées

de bagouzes

 

tu badigoinces des balivernes

à des dames

tu susurres des gentillesses

aux matrones

 

badin ! si tu crois que je suis bête

tu te trompes

si tu penses que je suis jalouse

c’est idiot

tu le sais

mais tu t’acharnes avec tant de componction belle

toi aussi tu voudrais bien que je te dise

mon amour

 

j’ai assez de métier pour te faire peur et pleurer toutes les larmes de ton corps

le premier jour où j’ai vu ton visage j’ai ri

de bon cœur

c’est si rare

de voir quelqu’un de si contraire à lui-même

et qui fait

exactement l’inverse de ce qu’il faut

et me plaire

 

 

la main gauche ignore ce que fait la main droite

la droite écrit

la gauche pend

elle est morte et fait suer sous le bras gauche

 

 

je suis nue

profites-en pendant que je pense à toi encore

bientôt moi

moi je vais t’oublier et toi tu regretteras de te souvenir

 

ce serait

si triste et si amusant

tu m’as désarmée pour le moment pourquoi ne pas me sabrer

le champagne

 

 

 

tu m’allonges

je m’écoute parler et tu rames tu te tais

tu es là

et c’est suffisant pour que tous deux croisions frénétiques les jambes

 

c’est foutu

et ma fantaisie montée retombe morne avec un bruit de pétard mouillé

et se termine en cul

de bouteille

 

je suis verte

j’y ai cru j’ai trop bu quelle idiote je t’ai vu là où tu n’étais pas

avec des participants à

des partouzes

 

si je dis que tu serres des doigts de matrones

à perlouzes

mettons que c’est de l’humour et de l’humour au moins

tu en as

j’en suis sûre

avec un verre doré dans la main droite

tu pincerais quand même des tas de fesses

de la gauche

 

il n’empêche que rien ne t’empêche de susurrer des gentillesses à des dames

et de baiser des mains doigtées

de bagouzes

Oh, je te vois, toi !

 

 

 

 

une sacrée pétasse de poétesse

voulant donner des ardeurs

à un petit pot de lait froid

échoua

ce n’est pas si simple

 

elle prenait ses grands airs fatigués

tout le monde la regardait

se la péter

le soleil s’est couché sans qu’elle en use

à l’orée du métro le grand méchant loup

a crié « gaffe ! 

à force de ne pas parler de moi

tu ne pourras plus me reconnaître

et tu boiras du lait d’ânesse

demi-écrémé »

 

elle l’a ignoré a baissé les yeux

elle aurait voulu lui tirer la langue

mais celle-ci était chargée et par pudeur

elle s’abstint

grave erreur

fatale confusion

 

catastrophe

vrai bain de vinaigre

avec son pot d’étain rond

et puis ses airs

du rififi chez les prémonitions

 

du lait froid pour un loup chaud

mais qu’avait-elle dans le crâne ?

un lapin ?

la pauvre

ah pauvre petite poétesse

 

moralité :

poétesse sacrée pétasse

tu n’aurais pas dû tant t’entêter 

 

 

 

 

 

 

petit

poème en

                                                               forme                                                

de

marmite

 

 

 

 

Méné

 

Mon amour n’est pas cuisinier

Nourris-moi

 

 

toi il y a des animaux bleus à tes réveils

 de doux monstres qui te gâtent

toi dans tes nuits tu es chanceux

d’être veillé par leurs images et dans ton

 

lit, au lit berceau de Balthazar 

ils viennent t’y goûter entier en salivant

ils t’apportent ton rêve tiède moelleux du four

 bonbons brioches glaçage gâteaux les cakes

 

Méné

 

patauge rêve en flaque de miel, baratte de beurre

réconfort à venir clafoutir m’y vautrer

nappé de confiture enduit collé

comme une crêpe chaude et tu m’enroberais

d’un bras sucré comme un caramel rose

 

Teqel

 

de lait de chocolat et de semoule rousse

et de cannelle jaune

fondant appétissant si tendre meringué

prends tourne renverse glace fleure fouette

goûte et jatte de crème

 

Parsîn

 

 

Dore-moi, brûle-moi

Ma passion n’est pas pâtissière

 

 

 

 

 

Quittez-moi je vous adjuge des présages d’orfraie

Il y aura des chiens sur votre route

Je vous préviens

J’insiste et je déconseille

Vous n’irez pas dans la rue déchaînée

Restez voyons aucune vie grouillante ne vous va

J’invoquerai les pigeons

Et parmi les oiseaux tous ceux qui annoncent la pluie

Vous avez tort de sourire

Parions que les égouts débordent

Abreuvé d’emblée aux tohu-bohu

Pour vous imbuvables

Vous rebrousseriez chemin

Vous ne marchez dignement que trois pas

Et les vents ? avez-vous pensé aux vents ? je les convoque

Vous seriez hirsute, mordu, taché

Restez et ne partez pas

Car vos calmes sont beaux, voyageur.

 

Voyez combien je suis sage

Je me passe de vous

Je ne vous passe rien

Je veux vous aider

Les risques

Hors de moi

Il est dangereux de se pencher

Je vous vois dehors

L’honneur fâché aux yeux des femmes

Votre veste s’évapore

Envisagez votre déshabillage

Vos pantalons qui s’effacent

Vous avez juré que votre corps m’assassine

Vous supporteriez d’assister

Au balayage de cils d’insolence

Mais je suis bien tranquille

Vous n’oserez pas

Que leur obscénité vous grise ou vous tiraille

Vous vous demanderez si vous rêvez

Sur le trottoir cette fois

Ce ne sont pas vos enfants qui vous sauvent.

 

Quittez-moi je vous assure

Vous avez de la chance

Si vos oreilles ne sifflent pas

Je vous barre la route

Il en va de mon devoir

N’allez nulle part je vous arrête je vous empêche pas plus loin

C’est mon pouvoir j’en use je vous garde

 

Le jeu a assez duré

Vous regretterez vos demeures

Vous vous mépriserez d’errer aux regards

Livré dévoré par des voleuses

Vous voudrez mourir, mincir, mourir mangé

Il vaudra mieux vous pendre ne partez pas

Vous vous trompez je vous protège je vous prédis d’étonnants destins

Je peux porter votre nom aux nues

Dans la majeure partie du monde

 

Épousez mes vues

Mariez-vous à mes paysages

J’ai peur pour vous ne partez pas

Et ne me parlez pas de pâlir d’audace

Je ne doute de rien

C’est si beau chez vous

Que de guerre lasse

J’y renonce

Tout alors sera fini entre nous

Encore qu’à force

D’avoir tenté d’y rentrer

Par force j’y repense.

 

 

Vous avez meublé

Votre cœur d’intelligence

Votre âme de cœur

Votre panse de rire

C’est profond.

Pensez-y continuez

Pour moi c’est trop j’y renonce.

 

 

 

 

Je vous écrirai quelque chose

De long comme un cheveu sur l’émail des douches

Mais tellement solitaire…

Vous savez ce que s’est

Non ? Allez

Faites au moins l’effort d’imaginer.

 

Me ferez-vous ce plaisir

De comprendre

Que j’ai des mots

Et qu’ils sont tous suspendus à vos lèvres

Vos belles douces lèvres

Méprisables qui se taisent.

 

Maintenant convenez

Qu’après moi

Il en va de votre intérêt

De parler

Vous me servirez

Et je vous rendrai cette justice

Avec douceur

 

Sinon,

Sinon vous saurez au moins ça

Que je souhaite les ouvrir, vos lèvres, avec mes lèvres

Et que nos dent s’entrechoquent

Avouez que c’est la pire violence qu’on puisse vous faire

Et je le ferai

Desserrez-les, je les casserais

C’est un silence qu’il faut briser.

 

Vous n’aviez pas prévu

Vous avez peur

Pas la peine de dodeliner de la tête

Je le sais

Vous m’inspirerez

Je vous arracherai les mots de la bouche

Cela est essentiel et vous saignerez.