Oh, je te vois, toi !
tu as un verre de Mumm dans la main gauche
de la droite tu baises des mais gantées
de bagouzes
tu badigoinces des balivernes
à des dames
tu susurres des gentillesses
aux matrones
badin ! si tu crois que je suis bête
tu te trompes
si tu penses que je suis jalouse
c’est idiot
tu le sais
mais tu t’acharnes avec tant de componction belle
toi aussi tu voudrais bien que je te dise
mon amour
j’ai assez de métier pour te faire peur et pleurer toutes les larmes de ton corps
le premier jour où j’ai vu ton visage j’ai ri
de bon cœur
c’est si rare
de voir quelqu’un de si contraire à lui-même
et qui fait
exactement l’inverse de ce qu’il faut
et me plaire
la main gauche ignore ce que fait la main droite
la droite écrit
la gauche pend
elle est morte et fait suer sous le bras gauche
je suis nue
profites-en pendant que je pense à toi encore
bientôt moi
moi je vais t’oublier et toi tu regretteras de te souvenir
ce serait
si triste et si amusant
tu m’as désarmée pour le moment pourquoi ne pas me sabrer
le champagne
tu m’allonges
je m’écoute parler et tu rames tu te tais
tu es là
et c’est suffisant pour que tous deux croisions frénétiques les jambes
c’est foutu
et ma fantaisie montée retombe morne avec un bruit de pétard mouillé
et se termine en cul
de bouteille
je suis verte
j’y ai cru j’ai trop bu quelle idiote je t’ai vu là où tu n’étais pas
avec des participants à
des partouzes
si je dis que tu serres des doigts de matrones
à perlouzes
mettons que c’est de l’humour et de l’humour au moins
tu en as
j’en suis sûre
avec un verre doré dans la main droite
tu pincerais quand même des tas de fesses
de la gauche
il n’empêche que rien ne t’empêche de susurrer des gentillesses à des dames
et de baiser des mains doigtées
de bagouzes
Oh, je te vois, toi !
