Je me suis teint les yeux
Tu t’es teint les fenêtres
Tu t’y es tapi et tu t’es tu
Puis je t’y ai envoyé paître
J’en ai, la larme au pieu,
Vu ta piété renaître
Avec ta honte et son dard têtu
Tout au regret de ne pas l’être
Cet homme mieux
Soit en riche silence
Soit en féconde science
Mais toi, surfait jusqu’au fond du milieu
Qui ne souhaite être
Qu’un bel et beau vieux
Muet, mulet sans esprit ni sens
Autre que celle d’une croix au dos, stérile mais laborieux
Quand tu te crois seul maître
Brave ou furieux
De tes partances
Traîtres, laides, sentant l’écru
Avec ton gros aplomb sinueux
Qui lâche et perpétue
L’amer de ta vertu
Par de sourdes violences
Comme pour t’en remettre
Sur un âne vicieux
À cru de ta conscience
Seule, face à ta façade de négations immenses,
Tes seuils aux tapis poussiéreux,
Ta toiture aux tuiles bossues,
Et ton cœur, et ton âme insatisfaite
Jamais tendre, toujours tendue,
Pentue mais plate, fade, crue
Sans coeur ni espérance
Je ne me voile plus la face,
Et je décroche ton portrait, et te voilà rendu
À tes micmacs familiers mielleux,
À tes sols parquetés plantés de clous pointus,
À tes murs marquetées d’écailles de tortues
Oui hongre le tort tue
Aux murs des sons qui te crépitent l’occiput
Comme durant les longs solos de nos sanglots d’enfance
Martelés au fouet des fausses remontrances
Oui c’est un traître
Celui qui prête
À ses rideaux aux embrasses tordues
Le pouvoir de connaître
Le jeu pervers d’un lien griffu
Vinaigre imbu
Pour une meilleure jouissance
De créer de neuves souffrances
Juste pour le plaisir d’en avoir eu
Du … ?
Non, il n’y en a plus
Il n’a jamais rien obtenu
Et maintenant
Dans sa paume flétrie d’impatiences
Après qu’il a pendu
De ses propres doigts dextres
Tout l’insouciance
Grevé ses désirs dans le manque obtenu
Fait naître
Tout son mal être en face du vide de ses vues
S’il sait qu’il n’est pas ce qu’on pense
Il ne peut plaider l’innocence
Ou la complainte aigre et non avenue
Sa rage injuste de n’être pas meilleur, pas vu
Comme aveugle ni sourd ni invisible à Dieu
Quelle idiotie consciente
Ista quidem vis est !
Un empereur dirait
Qu’il n’a pas lu les signes religieux
S’il n’a pas su
Comprendre entre les lignes
De sa vie de ses mains tracées en vermoulu
Il est perdu
Je le crie comme l’imperator ancien quelle violence
Quel vide
d’ange
déchu
Sans vie, sans rage, et revêtu
Pauvre roi d’insolence
Qui in cabinis est
Qui en catimini de la coulisse enfile tes toilettes
Vaguement refaites
À la queue de ton bon dos gibbeux,
En vieux costumes sourcilleux
Des antiennes qui le ponctuent
Je ne puis, je n’ai pas, je n’ai plus,
Qu’une impuissance accrue
Qui m’isole encor mieux
Du regret sourd de ma nuisance
Prie, mon ouaille fallacieux,
Mouton tondu
Pour que la lumière pénètre
Ta maison close au front perclu
Façade au néant éperdu
À l’horizon de ta défiance
De mes yeux vers tes vitres de délivrance
Mes yeux qui ne voient plus
En tes grimaces d’interprète
Que des volets de vert crépus
À l’air mort sur un crépis qui sue
Sous tes mornes portes-fenêtres
Un tertre
Du silence
Un tapis de silence
Sans musique qui aille avec ô transcendance
Tu te meurs pour moi avec tout ce qui va dans le vide spatieux
Tout ce qu’il y a d’abysses glauques et déshonnêtes
À te taire sans créer sans rien même commettre
Ce silence est tout l’être
Que tu apprêtes :
Laid, nul, méchant, malade, sans éloquence
Chétif et nu
Piètre, piètre, piètre,
Obtus
Obtus
Obtus
Oh, tu
Mais tu ne me feras plus taire
Je me suis teint les yeux
Tu t’es teint les fenêtres
Tu t’y es tapi et tu t’es tu
Pourtant j’ai vu
J’ai entendu
Je dis, j’ai vu
Voilà toute l’essence
De cette espèce d’absence de poète
Quelle indécence
Ce maquillage bistre honnête
Cette facture factice construite pour paraître
Meilleur qu’il n’est ah s’il pouvait juste être mieux
Être bon être bien mais il fait tout le mal en fait
Même pas advenu
Il se fait prêtre
D’un temple qu’il déserte
Où rien n’est plus
S’il s’y cache et s’il s’y empêtre
Dans son triste jardin champêtre mais vide
Aride et nu
Sans audace sans audience
Démeublé déserté à sec
Amorphe et ambigu
Ridicule à corps et à cul
Esquive en chemise imparfaite
Trompeur trompé par sa trompette
Chaussons glissants de l’inconfiance
Sa prétendance
Juste cri en présence d’oreille aiguë
Qui pense
Qu’à force de tuer ses airs éculés il va renaître
Béni de Dieu
Grâce au travail, le sien, celui de ses ancêtres,
Comme lui disparus
À jamais éteints, sans retour, sans voix, sans don, sans tombe, sans danse
En sa minime inexistence
En sa demeure close aux fêtes
Et aux poètes qu’il n’a pas lus
Mais lui n’est pas comme eux croit-il majestueux
Lui seul, consacré par les sphères
Peut faire taire et se permettre
D’ordonner d’éteindre les chants
Pour n’en dire aucun de plus mélodieux
Bon Dieu
Qu’il a déçu
Dans sa très pauvre inélégance
Ô roi sans repentance
Qu’il soit au moins perclus
Dans sa bassesse sale et rance
Il paraît espérer, peut-être
Imbécile et sérieux
Que rien n’est plus en son absence
Seigneur aussi, quelle innocence
Il est têtu
Il croit peut-être
Qu’il peut paraître
En son silence
Que tout s’est tu
5 juin 2026
