Δέλτα

 

 

 

 

Tu fus cela

La lame

Énorme au Delta de ton fleuve

En vague

Symbole au sexe fort

Λαμβδα avec un sol

Vaincu par le V du calice

Viril aux angles renversés

Déchu de former pentagramme

Avec ton féminin liquide

L’éternelle bue adorée

À l’embouchure du triangle

De l’indifférence injurieuse

Que tu manigances si sage

Que tu te crois devenu là

Qui veux la pluie et le beau temps

À causer aux autres humides

Et qu’en plus ils t’en rendent grâce 

 

Tu veux leur bâtir une digue

Nouveau Patriarche sauveur

Qui les sauve et qui y cliquette

Bâtie du noyau de ta chair

Combattu du fond de ton corps

de tes deux cent sept os unis

Un peu moins que Mathusalem

Mais qui prennent de la bouteille

À la mesure qu’on l’emplit

Lancée en message à la mer

 

Que d’os, que d’os, tes os

Qui empêcheront ton naufrage

Donc avec les moyens du bord 

Des vis et puis des clous

Et des outils très simples

Tes bras et puis tes mains

Tes doigts et puis tes poings

Qui grattent et qui rament

Pour sauver ton arche Noé

Pour puiser et pour écoper

Et pour suivre ta bonne étoile

Propice aux naufragés

Toujours Alpha Mineure

Ta Petite Ourse

Cousine d’or 

Aux cheveux noirs

Peinte plein ciel

 

Revoici le Pentacle

Le calice et la lame

Qui te sauvent de la noyade

Et préservent ta nef

 

Mais toi aussi les Fleuves

Ils t’ont laissé descendre

Aussi bas que tu le voulais 

Ces fleuves rouges qui se scindent

Pour mieux te décalquer

Symétriquement toi

Tentés par les arts du détour

Qui se déforment en caresses

Qui reflètent l’astre radieux

Pour mieux ultravioler les germes

En les laissant nager dans l’onde chaude

Tâter des peaux même les pis

Négocier des faveurs avec ces dames

Mûres ou à peine nubiles

Et les mener à l’horizon

Pour les confondre en le couchant

 

Palette de nuances

Basses profondes

Lourdes et lasses

Mais toujours plus aiguës à la reprise

Asséchées pas à pas

Aux pulsations qui asservissent

Sans fin sadiques qui assoiffent

À l’heure des gnomons

Aux cadrans encycliques

Qu’on trace à grands airs de bravoure

D’un trait grave et discret

Dirigiste et pourtant secret

Sans un mot seulement des gestes

Autoritaire et fier de l’être

Mais obéi en ricanant

Ridicule sans s’en douter

 

Le dernier accord imposé

Le dernier sablier coulé

Dans ses affluents d’opérette 

Nul n’aura le droit de savoir

Où l’artiste veut en venir

Et où s’exhibe le bourgeois 

Avant que son portrait s’achève 

 

 

Ainsi es-tu

Le peintre et le commanditaire

L’observateur et l’interprète 

Des têtes de l’art couronnées

À qui tu fais des ronds-de-jambes

À qui tu donnes l’heur du temps

En feignant de les écouler

Aussi juste qu’une clepsydre 

Pour impressionner leurs royaumes

À grandes lampées de champagne

Ou bien de vieilles glottes peintes

De liqueurs très histrioniques 

Des gens préhistoriques saouls 

Historiquement hystériques

Authentiquement alcooliques

De se montrer se faire voir

Et tu es là pour voir se faire

Se monter au sommet d’eux-mêmes

En t’élevant d’accompagner

D’un sirop qui les édulcore

Les degrés monstres qu’ils avalent

 

 

Tu te crois prince sans péché 

Face à la salle débordée

Par mille strapontins bondés

De gens placés dedans

De gens assis dessus

Tant que ceux-ci s’y intéressent

S’en ébaudissent soi-disant

S’en ébahissent en s’égayant

Comme des rois et reines imbéciles

Rôtis dans leurs vastes palais

Gavés à coups de petits fours

Embagués de chinoiseries

Et de champagnes qui pétillent ch.  

 

Bulles éclatées aux palais

Sous une baguette sournoise

Au tranchant d’un échafaud d’âge

Qui perdent la tête au moindre murmure

Au plus fin fil presque invisible

Couronnés sans être écoutés 

Condamnés au règne à dessein

Conduits à l’abattoir au moindre doute 

 

Tous en train de se dire 

Charmés de ressasser 

Devant tes joutes de vertu

Tes spectacles de ballets faux :

 

« Oh,que c’est bien. Oh, que c’est beau!

Voilà la sagesse suprême

Ils étaient deux ils furent trois

Tout environnés de délices

Indispensables et sacrées

Ils eurent l’ouïe d’en jouir encore

L’harmonie de le bien fêter

Dans un retard qui s’anticipe

Et l’heur de s’en faire matière

À renaissances d’univers

En récréation infinie

Pour combler sans un heurt

L’Être, Satan et Dieu

 

Regardez-le

Cet Être-là au-devant de la scène

L’interprète de chaque nuance

Lui, l’amant extraordinaire

De la musique du silence

De l’odeur des blanches obscures

Des noires tout illuminées

Et des croches désaccordées

Toute l’Humanité le hume

Toute l’Éternité le sait

Et le Paradis tout entier

 

C’est là qu’il est

Noté dans le roc du contour

Calme avec un air de gravure

Avec sa taille intemporelle

Tout enflée de son importance

Garde sacré de l’assonance 

Qui ne sait pas allitérer 

Autrement qu’à la lettre 

Guide à l’écoute du parterre

Au premier rang dessous ses pieds

Il explique sa martingale

Avec force enthousiasme pédagogue

Véritable pierre philosophale

Brandi sous une verve démagogue

Avec sa vergette à l’embout de liège

Beige et blanche pointée aux vents

Pur alambic au geste fin

Sacré tout simplement divin »

 

Chère Madame écoutez bien

Revêtue de votre plus claire

Élégance de garde-robe 

N’abandonnez pas votre bridge

D’accord 

Prenez partie à ses tactiques

Attentives à ses annonces

Mais passez la main dès l’écart 

Il bluffe à tout rafler, un atout dans la manche

Cela ne fait jamais un pli

Abattez vos cartes maîtresses

Ça oui

Mais sans espoir de l’emporter

Jamais

Dans vos antres tentaculaires

Pour peu qu’il se soit attaché

Débouclant sa chaste ceinture

Dit-il – pour ne pas s’y tenir

Vautré dans vos lits de hasard

 

Sachez : l’y gagner c’est tout perdre

Ne misez rien sur lui

Participer à ces tours c’est

Se dépouiller pour un croupier

Qui se sent le maître du jeu

Croupier inlassable et binaire

Qui passe, impair, et manque

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