Question pour tout à l’heure

Je n’y suis plus
Quel jour est-on
Si l’on est lundi, à minuit ?

Où seront les heures passées ?
Où passe le moment perdu ?
Que devient-il,
À peine arrivé qu’il n’est plus ?
Plus, moins, avant, après,
Quelles connexions les lieront ?
Quel sera le moment zéro ?
D’après quelle logique ?
Si elle n’est pas folle ?
À lire ?
Ou à lier ?

Le présent n’est pas le passé ni le futur, cela, nous le savons

Cependant

C’est le cas de le dire

Comment le fixer ?
Où est sa fissure ?
Et même, existe-t-elle un seul instant ?

Y a-t-il un glissement ?
En quoi est-ce différent ?
Comment ressentir ce moment ?
Déterminer le mouvement
Où tout bascule ?
Comment le prendre,
Aussitôt venu que parti
Ce Temps insaisissable ultime
Sans perdre pied dans son néant
Sans se mettre penser à en perdre la tête ?

Je lui ai dit lundi, minuit
Dernier délai

Et je ne sais même pas

Quand c’est

Mon Dieu ô Univers
Incommensurable
Ô Somme du Désir du Temps
Comme il me tarde de mourir
Quand je ressors parfois d’un songe
Pour commencer juste un peu mieux
À reconnaître où nous en sommes

30 juin 2026

Canicule

Accord des participes présents

De particules fines chauffantes

Et de principes thermodynamiques

Dit-on pas tout à fait

Irréversibles encore

Jours qui ont fondu transpirants

Nuits caloriques

Ressortantes

Des murailles en spectres en revenants

Lourde caresse à l’aire brûlante

Aboie-leur

Bois aussi

À toutes les gamelles d’eau

Le feu malfaisant

Maline caniche coquine

Petite clébarde frisante

Lourde moite heure de s’allonger

Emplâtrante ses cheveux de suées

Pour moi, je prends gluante

mes somnifères

dès le matin vers trente-trois degrés

Comme chez le docteur

Pour qu’ils fassent leur meilleur effet

lors de la nuit suintante

Mais par malheur

ces derniers donnant

de ces faims

provocantes avec leurs bouffées démentes,

leurs boulimies aussi bêtifiantes

que ma tête alarmée affamante

Qui donc,

me retrouvante

à minuit

Au frais

Au mois

Au garde-à-vous

Devante mon frigo

À me faire un sandwich

Au jambon stupéfiante

Et le mangeant

Plus pensante,

Juste épuisante

À écrire n’importe quoi

Pendant que les calories gras

Cette fois

Tenants encore au corps et à la vie venante

Pour ne plus jamais en mourir

De chaleur et de faim et de la fin du monde

Et qu’à rester là avalante

Puis buvante

De l’eau

Oui, l’eau

Dors, et bois de l’eau

Comme le dieu du Temps tous ses propres enfants

Au lieu d’être tuante

Dors, et bois de l’eau

Petite chaudasse

Chienne vicieuse

Chérie des plus belles étoiles

Des constellations les plus grandes

Effarante et effarouchée

Bégayante n’importe quoi pourvu qu’on refroidisse

Cocorico zizi croa,

zézaie zézette,

miam et ouaf à toi,

vilaine !

25 juin 2026

Procrastination

Lorsque je cracherai

De larges rondelles mortes de tomates

Rouge sang

Toute suffocant

Et laide

Quand l’étouffant secret

sécrétant

mes poumons ma gorge mes bronches

Sonnera l’heure

Le problème sera le même Cependant il sera réglé

Ce sera bien

Car il sera grand temps

D’écrire mon roman

Sa deadline étant prête

Et je pourrai mourir après

Enfin

En respirant

23 juin 2026

Nulla dies sine linea

Voilà en grand

Ce que je grave sur mon mur

Quant à la Plume

-et sur le fait que tu me tailles

sur les longueurs de mes histoires

en te croyant bien inspiré-

Ah, plume

Malheureusement pour la tienne

Toutes celles que je t’ai taillées

Et qui t’ont fait gémir comme mes écritures

Par dizaines et par milliers

Ne t’en ont jamais donné une

23 juin 2026

Point médian

Que le valium est amer

Le calme variant

La vertu coriace

Quand la nuit s’avance

Que le ciel sursaute

Que les cieux qui dansent

À ces visions troubles s’enquièrent

De l’inquiétude de la terre entière

L’alcool non plus n’a plus de sens

Les drOgues trépassent

Les sens frémissent sans essence

Médicamenteuse

Et la peur, surgie de la misère

Pensante, franchit les portes de l’enfer

Ça c’est l’angoisse

Ad augusta

Per angusta

Si ça se pouvait

Ça se saurait

Mais il y à Conscience

Cela ne pèse-t-il pas dans la balance

De la vie

La vue

La vécue

Sous la lune

Par quelqu’un

Quelque part

En Vrai

Des Milliards de Foi•e•s

?

14 juin 2026

Noblesse

Ô ma noble essence

Réponds-moi

Répands-moi

Éperdue

Repens-toi

Et repense

Reconsidère

Ta naissance

En connaissance

De cause et en cas

De conscience

Je suis courtière

De tes péchés

De courtisane

Et je m’insurge

Contre les évidences

Je trancherais

Des têtes innombrables

S’il était loisible

Par ce faire

De créer vertu

En moi et les autres

Mais je les tue

Sans état d’âme

Moi d’abord et puis tous ensemble

En toute innocence

6 juin 2026

L’ubris

Je me suis teint les yeux

Tu t’es teint les fenêtres

Tu t’y es tapi et tu t’es tu

Puis je t’y ai envoyé paître

J’en ai, la larme au pieu,

Vu ta piété renaître

Avec ta honte et son dard têtu

Tout au regret de ne pas l’être

Cet homme mieux

Soit en riche silence

Soit en féconde science

Mais toi, surfait jusqu’au fond du milieu

Qui ne souhaite être

Qu’un bel et beau vieux

Muet, mulet sans esprit ni sens

Autre que celle d’une croix au dos, stérile mais laborieux

Quand tu te crois seul maître

Brave ou furieux

De tes partances

Traîtres, laides, sentant l’écru

Avec ton gros aplomb sinueux

Qui lâche et perpétue

L’amer de ta vertu

Par de sourdes violences

Comme pour t’en remettre

Sur un âne vicieux

À cru de ta conscience

Seule, face à ta façade de négations immenses,

Tes seuils aux tapis poussiéreux,

Ta toiture aux tuiles bossues,

Et ton cœur, et ton âme insatisfaite

Jamais tendre, toujours tendue,

Pentue mais plate, fade, crue

Sans coeur ni espérance

Je ne me voile plus la face,

Et je décroche ton portrait, et te voilà rendu

À tes micmacs familiers mielleux,

À tes sols parquetés plantés de clous pointus,

À tes murs marquetées d’écailles de tortues

Oui hongre le tort tue

Aux murs des sons qui te crépitent l’occiput

Comme durant les longs solos de nos sanglots d’enfance

Martelés au fouet des fausses remontrances

Oui c’est un traître

Celui qui prête

À ses rideaux aux embrasses tordues

Le pouvoir de connaître

Le jeu pervers d’un lien griffu

Vinaigre imbu

Pour une meilleure jouissance

De créer de neuves souffrances

Juste pour le plaisir d’en avoir eu

Du … ?

Non, il n’y en a plus

Il n’a jamais rien obtenu

Et maintenant

Dans sa paume flétrie d’impatiences

Après qu’il a pendu

De ses propres doigts dextres

Tout l’insouciance

Grevé ses désirs dans le manque obtenu

Fait naître

Tout son mal être en face du vide de ses vues

S’il sait qu’il n’est pas ce qu’on pense

Il ne peut plaider l’innocence

Ou la complainte aigre et non avenue

Sa rage injuste de n’être pas meilleur, pas vu

Comme aveugle ni sourd ni invisible à Dieu

Quelle idiotie consciente

Ista quidem vis est !

Un empereur dirait

Qu’il n’a pas lu les signes religieux

S’il n’a pas su

Comprendre entre les lignes

De sa vie de ses mains tracées en vermoulu

Il est perdu

Je le crie comme l’imperator ancien quelle violence

Quel vide

d’ange

déchu

Sans vie, sans rage, et revêtu

Pauvre roi d’insolence

Qui in cabinis est

Qui en catimini de la coulisse enfile tes toilettes

Vaguement refaites

À la queue de ton bon dos gibbeux,

En vieux costumes sourcilleux

Des antiennes qui le ponctuent

Je ne puis, je n’ai pas, je n’ai plus,

Qu’une impuissance accrue

Qui m’isole encor mieux

Du regret sourd de ma nuisance

Prie, mon ouaille fallacieux,

Mouton tondu

Pour que la lumière pénètre

Ta maison close au front perclu

Façade au néant éperdu

À l’horizon de ta défiance

De mes yeux vers tes vitres de délivrance

Mes yeux qui ne voient plus

En tes grimaces d’interprète

Que des volets de vert crépus

À l’air mort sur un crépis qui sue

Sous tes mornes portes-fenêtres

Un tertre

Du silence

Un tapis de silence

Sans musique qui aille avec ô transcendance

Tu te meurs pour moi avec tout ce qui va dans le vide spatieux

Tout ce qu’il y a d’abysses glauques et déshonnêtes

À te taire sans créer sans rien même commettre

Ce silence est tout l’être

Que tu apprêtes :

Laid, nul, méchant, malade, sans éloquence

Chétif et nu

Piètre, piètre, piètre,

Obtus

Obtus

Obtus

Oh, tu

Mais tu ne me feras plus taire

Je me suis teint les yeux

Tu t’es teint les fenêtres

Tu t’y es tapi et tu t’es tu

Pourtant j’ai vu

J’ai entendu

Je dis, j’ai vu

Voilà toute l’essence

De cette espèce d’absence de poète

Quelle indécence

Ce maquillage bistre honnête

Cette facture factice construite pour paraître

Meilleur qu’il n’est ah s’il pouvait juste être mieux

Être bon être bien mais il fait tout le mal en fait

Même pas advenu

Il se fait prêtre

D’un temple qu’il déserte

Où rien n’est plus

S’il s’y cache et s’il s’y empêtre

Dans son triste jardin champêtre mais vide

Aride et nu

Sans audace sans audience

Démeublé déserté à sec

Amorphe et ambigu

Ridicule à corps et à cul

Esquive en chemise imparfaite

Trompeur trompé par sa trompette

Chaussons glissants de l’inconfiance

Sa prétendance

Juste cri en présence d’oreille aiguë

Qui pense

Qu’à force de tuer ses airs éculés il va renaître

Béni de Dieu

Grâce au travail, le sien, celui de ses ancêtres,

Comme lui disparus

À jamais éteints, sans retour, sans voix, sans don, sans tombe, sans danse

En sa minime inexistence

En sa demeure close aux fêtes

Et aux poètes qu’il n’a pas lus

Mais lui n’est pas comme eux croit-il majestueux

Lui seul, consacré par les sphères

Peut faire taire et se permettre

D’ordonner d’éteindre les chants

Pour n’en dire aucun de plus mélodieux

Bon Dieu

Qu’il a déçu

Dans sa très pauvre inélégance

Ô roi sans repentance

Qu’il soit au moins perclus

Dans sa bassesse sale et rance

Il paraît espérer, peut-être

Imbécile et sérieux

Que rien n’est plus en son absence

Seigneur aussi, quelle innocence

Il est têtu

Il croit peut-être

Qu’il peut paraître

En son silence

Que tout s’est tu

5 juin 2026

Stoïcisme

Aux gens bons

Tellement mauvais qu’ils se croient bons

Ô confiture au pourceau d’Épicure

Oh confite hure oh pour sot dépit cure

Oh ta hure

Oh ta gueule

Si t’avais vu ta gueule

Et ta vraie gueule qui passe vers ton visage par ton estomac

Acide

Et si

Oh mais si tu es un cochon

Pardon je jauge : tu étais un cochon

Et oh là là tu auras beau

Laid que tu es

Prier, supplier, faire prier les autres, pleurnicher

À une injuste déraison

Oh ta hure mon vieux

Est écrite en plein sur ton front

Et les soies de ta face

Comment disais-je déjà ?

Du dis pardon ?

Oh oh oh !

Tu me fais rire

Tu as plus que raison,

mais ce n’est pas là la question

Je parlais d’une gent dégoûtante

Comme certaines gens précisément comme… toi

Quant à toi tout suintant

Ô vieux pitre et triste sire

On te ressent venir de très loin, de très bas

Qu’ai-je titré plus haut ?

Quel est l’état de ton jambon ?

De ta vie charcutière à l’ego crescendo ?

Pourceau, pourceau

Quoi non ?

Eh si !

Oh oh oh !

Allez bye, remballe ta barbaque et barre-toi

Ciao

Précipitation

Il part
En pluie battante et fine
Il s’en va très vite
Quitte à
Se prendre une bouffée de four
En peignant sa tartine
Et se moucher tout en mâchant

Paradoxalement
D’emblée
Son grand front lui donne l’air effronté
Il n’en est rien
Il réfléchit tout simplement

Que
Hanté d’apprendre
Hâté de dire
Pressé d’écrire
Sommé de réfléchir

Qu’
Assez galopé
Ne plus saloper
L’Art de vivre
Et la vie vive de ses os

Qu’
À force de courir
Il va bien falloir finir par s’arrêter
Et regretter d’aller-venir

Que
Par manque
De plaisir
D’être en eau
Il faudra pour finir filer
Se noyer
Ou
Apprendre à
Nager